
Education 09 avril 2026
Fermetures de classes à Creil : lettre du Maire au Recteur de l'académie d'Amiens
À la suite des annonces de fermetures de classes dans l’Oise, et notamment à Creil, le maire, Omar Yaqoob a adressé un courrier au Recteur de l’académie d’Amiens. Retrouvez l'intégralité du courrier ci-dessous
Monsieur le Recteur,
Je m'adresse à vous avec la gravité qu'impose la situation. Le projet de carte scolaire présenté pour la prochaine rentrée n'est pas une simple réorganisation technique : c'est une saignée inacceptable portée au service public d'éducation dans l'Oise et un coup de grâce porté à nos territoires les plus fragiles.
L'académie d'Amiens perd 84 postes, notre département 34, avec pour corollaire dramatique la fermeture programmée de plus de 80 classes. Je n'ignore rien de l'argument démographique, mais utiliser la baisse des effectifs comme une simple variable d’ajustement financier est une faute politique majeure. La recherche scientifique est unanime : cette évolution démographique aurait dû être l'opportunité historique de repenser l'École en abaissant les effectifs à 22 élèves par classe maximum et 18 en éducation prioritaire. Au lieu de la réussite scolaire et de la réduction des inégalités, l'État choisit l'austérité et la logique comptable.
À Creil, l’incohérence de cette politique atteint son paroxysme. La situation de l’école Célestin Freinet en est le symbole le plus cruel.
Concrètement, par vos arbitrages, les effectifs de cette école passeraient de 19,3 à 23,2 élèves par classe. Derrière cette arithmétique désincarnée, la réalité de terrain est implacable : c'est la condamnation du suivi individualisé de nos élèves. C'est l'assurance de voir s'enraciner et s'aggraver la difficulté scolaire.
Plus grave encore, cette décision menace d'effondrement tout un écosystème éducatif. Vous mettez en péril l’équilibre même de l’établissement : les équipes pédagogiques sont à bout de souffle, l'organisation est fragilisée et nous faisons face aujourd'hui au risque imminent de départ de l'équipe de direction. Par ces choix hors-sol, l'institution est tout simplement en train de briser ce qui, à force d'abnégation, tient encore debout.
À ce la s'ajoute le détricotage inacceptable de nos réseaux d'aides spécialisés et un manque chronique de remplaçants qui laissent chaque jour des dizaines de classes à l'abandon dans notre département.
Monsieur le Recteur, Creil n'est pas une commune comme les autres. C'est in territoire où les besoins éducatifs sont massifs, où les élèves cumulent précarité et difficultés multiples. Ici plus qu'ailleurs, l'École de la République est le dernier rempart. Retirer les moyens à nos écoles n'est pas seulement incompréhensible ; c'est irresponsable et indigne de la promesse républicaine.
En tant que Maire, je ne serai pas le complice silencieux de ce déclassement organisé. Je vous demande, avec la plus frande fermeté, l'abandon de toutes les fermetures de classes envisagées sur notre commune, à commencer par celle qui frappe l'école Célestin Freinet, ainsi que la préservation absolue de l'ensemble des myens alloués à la ville de Creil.
Dans l'attente de la révision de ce projet de carte scolaire, je vous prie d'agréer, Monsieur le Recteur, l'expression de ma haute considération.
Omar Yaqoob, Maire de Creil

